Retour au blogue

Viva la révolution...fiscale !

152 millions c'est le total des coupures qu'ont subi les cégeps dans les 6 dernières années.

On nous répète continuellement qu'il faut se serrer la ceinture, mais Alain Deneault nous a rappelé que c’est plutôt les grandes entreprises qui devraient payer leur juste part.

 

21 000

Le nombre de milliards de dollars qui sont dans les paradis fiscaux.

62

Le nombre de personnes qui ont autant de richesse que les 50% les plus pauvres de la planète.

En effet, ce chercheur-philosophe était de passage le 26 octobre dernier à la Salle Pauline-Julien pour une grande conférence organisée par le comité Oxfam et les professeurs du profil sciences humaines en action. Son message était clair : les élites économiques et politiques sont si proches, au point où les entreprises peuvent nous voler en toute légalité. Ces vols s’élèvent à plus de 6 milliards de dollars par année seulement au Canada. En fait, la société perd cet argent à cause de ce qu'il qualifie comme étant des «législations de complaisance» qui englobent, entre autres, les paradis fiscaux. Ces arnaques légales consistent simplement à placer de l'argent où les taux d'imposition sont excessivement bas sans payer d'impôts où les activités réelles de la corporation sont effectuées. «Quel est le pays où l’on exporte le plus de bananes?» demandait M. Deneault au public, «c'est à l'île de Jersey, sauf qu'il n'y a pas de bananes sur cette île». Il y a donc une concentration de capitaux sur des territoires minuscules où il ne se passe rien. La preuve, on retrouve aux Îles Cayman un immeuble de quatre étages qui regroupe 18 000 entreprises, cela équivaut à 3 habitants par entreprise.

De plus, il semble courant que des entreprises appartenant à la même personne s'accusent et aillent en procès pour se transférer de l'argent en évitant de payer des impôts. Ces exemples sont quelques-uns parmi tant d'autres qui ont été évoqués, mais ils ont permis à la salle de saisir l'ampleur de cet enjeu.

Le Canada complice

On pourrait rapidement avoir tendance à mettre la faute sur ces petits États que certains qualifient de «libertariens», mais M. Deneault souligne plutôt que le Canada a joué un grand rôle dans la création et l’expansion de cette «escroquerie légalisée». En effet, plusieurs accords conclus par le gouvernement canadien ont été évoqués et le cas de la Barbade revient très souvent. D'ailleurs, ce pays est le 2e endroit où il y a le plus d'investissements canadiens, après les États-Unis. Sauf que cet île est grande comme la ville de Gatineau, mais on y investit 1 400 fois plus d'argent.

Le conférencier a aussi indiqué que le Canada aussi était considéré comme faisant partie de ces endroits où il y a une législation de complaisance. En fait, ce sont les lois concernant l'industrie minière qui sont excessivement flous et qui avantagent considérablement ces entreprises plutôt que le bien commun. «En fait, dans le monde, 3 minières sur 4 sont canadiennes» rapporte le chercheur. Ces lois clémentes auraient pour effet d'enlever une grande partie de la responsabilité des entreprises par rapport à la décontamination et aux autres coûts environnementaux. Vu que le fardeau des coûts supplémentaires est souvent transféré aux gouvernements, au final, les projets ne leur rapportent presque pas d'argent. Certains diront que, au moins, la grande présence des minières augmentera le produit intérieur brut (PIB) du Canada. D'autres vont plutôt questionner l'utilisation de ces indicateurs économiques qui ne prennent pas en compte les coûts sociaux et environnementaux des acteurs économiques.

Si on se demande ce que le gouvernement libéral en place a fait par rapport aux paradis fiscaux, il y a un exemple clair qui s’est produit récemment. Une motion déposée à la Chambre des communes à Ottawa par le Bloc québécois voulait changer un règlement pour mettre un frein à l’évasion fiscale. Toutefois, malgré l’appui du Nouveau Parti

Démocratique (NPD) et du parti Vert, la motion a été battue par les libéraux et les conservateurs. Certains parleront de la révélation du vrai visage de Justin Trudeau qui semble être bien influencé par les intérêts des entreprises privés, du moins cela pose beaucoup de questions tant qu’à ses liens avec l’élite économique.

Et après?

Bien que l’audience semble avoir eu une certaine prise de conscience par rapport à beaucoup d'enjeux, il est souvent question de savoir ce que chacun peut faire par la suite. Les plus cyniques diront qu'il n'y a rien à faire et les plus optimistes diront qu'il faut faire confiance aux politiciens. M. Deneault pense plutôt qu'il faut d'abord éduquer la population par rapport à cette fraude légalisée, mais que seul on n'arrive à rien. Donc, les comptes épargnes responsables peuvent être bien à l’échelle individuelle, mais cela doit se faire surtout par nos institutions, tel que les fonds de retraite, les sociétés d’État et même notre cégep.

Toutefois, malgré les quelques initiatives isolées, le problème reste entier si ce mouvement ne se traduit pas par une refonte des lois fiscales. D’ailleurs, le conférencier était de passage à l’Assemblée nationale à Québec en commission parlementaire pour faire remarquer aux députés que le Québec a les moyens de faire changer les choses grâce à son système d’impôt parallèle. Il a quand même fait rappeler à l’audience que le premier ministre du Québec avait lui-même utilisé des tactiques immorales pour éviter le fisc au Québec lorsqu’il travaillait en Arabie Saoudite.

Bref, c’est l’engagement de chacun des citoyens dans sa communauté qui est le meilleur moyen d’action évoqué et il a souligné l’initiative des personnes organisatrices, car c’est ce genre d’éducation populaire que ce professeur de sciences politiques veut encourager. Selon lui, la révolution française de 1789 n’a jamais été achevée et on se rend compte de plus en plus que la société a besoin de changements radicaux, c’est-à-dire à la racine du

Le blogue des ambassadrices et ambassadeurs