Retour au blogue

Vers une année résolument féministe

Vers une année résolument féministe

 

"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » - Simone de Beauvoir

 

C’est un euphémisme de dire que l’élection de Donald Trump fait couler beaucoup d’encre, tout comme cela a été le cas tout au long de la campagne présidentielle américaine. Alors que nous devons dorénavant nous faire à l’idée de l’issue de cette campagne qui a fait perdre la présidence à Hillary Clinton, la résistance féministe s’organise partout à travers le globe pour protester contre celui qui symbolise, légitimise, et banalise la haine notamment celle dirigée envers les femmes. Celui qui se targuait de pouvoir faire ce qu’il voulait avec les femmes, notamment de pouvoir les prendre par les organes génitaux nous fait prendre conscience que les droits des femmes ne sont jamais acquis et que les luttes féministes ne sont jamais achevées. Les Women’s Marches du 21 janvier dernier en opposition à l’administration Trump ont rassemblé des millions de personnes devenant très probablement la plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis. Et c’est sans parler des manifestations de solidarité partout à travers le monde, dont celle de Montréal ayant eu lieu le même jour.

2017 s’amorce et cette année sera résolument féministe. Quand on regarde en arrière, on ne peut passer sous silence des événements marquants de l’année dernière dans le paysage féministe québécois.

En premier lieu, il y a la sortie de Je suis féministe, le livre dirigé par Marianne Prairie et Caroline Roy-Blais paru aux Éditions du remue-ménage. Ce livre est une anthologie des meilleurs textes ayant été publiés sur le blogue du même nom au cours des huit dernières années par la nouvelle génération de militantes. 

Quand je pense à des jeunes militantes inspirantes qui ont marqué 2016, les noms de Mélanie Lemay et d’Ariane Litalien me viennent à l’esprit. Elles ont cofondé Québec contre les violences sexuelles afin de lutter contre la problématique des agressions sexuelles notamment sur les campus universitaires. Leur passage à l’émission Tout le monde en parle fut hautement remarqué et chargé d’émotion considérant qu’elles sont toutes les deux des survivantes de violences sexuelles.

Quand on parle de féminisme, il importe d’aborder la notion d’intersection des oppressions mise de l’avant par la chercheure Kimberlé Crenshaw à la fin des années 80. Cette notion ayant évolué et voulant que même si toutes les femmes vivent la violence du patriarcat, toutes ne vivent pas du racisme, ou du classisme ou du capacitisme. En ce sens, le mouvement féministe doit s’actualiser afin de prendre en considération les réalités des femmes qui sont plus marginalisées et dont l’émancipation est davantage compromise en raison d’oppressions vécues de manière simultanée.

Et c’est là que la notion de privilège entre en ligne de compte. Les femmes autochtones notamment sont plus susceptibles de subir de la violence en comparaison avec les femmes non autochtones. Cela n’est pas la résultante d’une faille inhérente à ces femmes, mais est plutôt dû à un problème d’ordre systémique et qui trace son origine dans l’histoire du Canada avec ces peuples. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une commission d’enquête  fut (enfin !) lancée sur les femmes autochtones assassinées et disparues par le gouvernement Trudeau après des années de lutte par les groupes autochtones et leurs allié(e)s afin de l’obtenir.

Autre fait saillant de la dernière année, l’ouverture de la librairie féministe l’Euguélionne sur la rue Beaudry. En plus d’ouvrir une grande variété d’ouvrages sur la littérature des femmes, la librairie offre également des ateliers et promet d’organiser des événements littéraires au cours des prochains mois.

L’engagement féministe n’est pas loin de mourir. L’engagement des jeunes féministes comme j’en suis, encore moins. Alors que l’on peut certes percevoir l’élection de Trump comme une fin en soi, c’est aussi l’occasion de saisir l’opportunité de s’éduquer, de s’engager et de se mobiliser. 2016 a été rempli d’exemples de résistance féministe et je suis convaincue qu’il y en aura tout autant au cours des prochains mois.

Le blogue des ambassadrices et ambassadeurs