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Mission exploratrice à Shanghai : un équilibre à travers les contrastes

La #DélégationShanghai

Le 10 mars dernier, la #DélégationShanghai quittait Montréal pour une semaine à Shanghai qui, nous ne le savions pas encore à ce moment, serait riche en rencontres plus passionnantes les unes que les autres.

Certes, nous avions eu une rencontre pré-départ nous informant sur les enjeux auxquels la Chine fait face, sur les coutumes du pays, sur les comportements qu’on peut s’attendre à voir dans les rues ou les restaurants. Tout de même, nous revenons tous profondément changés de cette semaine à Shanghai. D’ailleurs, c’est peut-être en raison de mes préconçus que Shanghai m’a tant éblouie.

L’éducation et la culture

Le lundi suivant notre arrivée, nous avons eu la chance de passer la journée en compagnie de quelques étudiants de l’université Shanghai Normal University. En visant les deux campus de l’université, ce qui m’a le plus frappé est la quantité et la qualité des aménagements destinés aux loisirs : des immenses terrains de jeux, un immeuble entier destiné aux locaux des associations étudiantes, accès à un magnifique parc, d’innombrables espaces verts, et j’en passe. Alors que nous nous promenions à travers ces espaces malgré la pluie, les étudiants nous expliquaient que le système d’éducation compétitif les obligeait à passer près de 10 heures par jour, tous les jours, le nez dans les livres. On constate que malgré le rythme peut-être effréné d’études demandé, le bien-être et la vie étudiante occupe tout de même une place de choix.

 

 

En plus de visiter les campus et le musée de l’université, les étudiants qui nous accompagnaient ont partagés avec nous un repas traditionnel chinois et une séance de « K-TV » (Karaoké), des activités qui furent des plus rassembleuses et chaleureuses. D’ailleurs, il est intéressant de noter qu’en Chine, il est coutume de partager les repas ; traces d’une société beaucoup moins individualiste que nos sociétés occidentales.

Dans le cadre de notre journée sous le thème de l’égalité, nous avons notamment rencontré la Fédération des femmes de Shanghai et Mme Helene Larochelle, présidente de la Chambre Canadienne de Commerce à Shanghai. Quoique les buts pour lesquels militent les femmes de la Fédération des femmes de Shanghai se distinguent grandement des luttes des différents organismes pour femmes de Montréal, tous s’entendent généralement pour dire que le milieu des affaires à Shanghai ne fait pas de différence de sexe. Ainsi, les femmes sont bien accueillies et traitées avec le même respect qu’un homme dans les relations d’affaires, ce qui peut sembler de prime abord étonnant mais qui va de soi, finalement, quand on connait un peu mieux la culture chinoise.

 

 

Les transports et la pollution

La Chine, qu’on nous illustre comme étant un des pays les plus pollués et polluants du monde où tous se promènent avec un masque, m’a surpris de par ses initiatives pour contrer lesdits problèmes de pollution.

Une des plus mignonnes et facile à instaurer est la décoration d’infrastructures par des plantes. D’abord, les murets temporaires érigés pour faire une séparation entre les terrains en construction et les routes sont décorés de petites plantes vertes, et allient donc esthétisme et utilité. Aussi, les pilons de certaines autoroutes sont recouverts de fleurs montantes, une initiative qui embellit ces infrastructures dès le premier coup d’œil.

Avec plus de 16 million d’habitants, Shanghai est dotée d’un réseau de transport adapté à sa densité de population et efficace. Le système de métro comprend plus de 300 stations et dessert ainsi une importante partie de la ville. D’ailleurs, Montréal gagnerait à s’inspirer du mode de paiement instauré à Shanghai, où chacun paye selon le trajet qu’il effectue. On se pose à une borne, on indique la station à laquelle on désire se rendre, puis un tarif nous est indiqué en fonction de la distance parcourue. Ainsi, pourquoi payer le même prix que celui qui passe une heure dans le métro alors qu’on ne l’utilise que pour une ou deux stations ? Il existe aussi la possibilité de charger la carte de métro d’un certain montant d’argent, et une somme sera déduite à chaque trajet, encore une fois selon la distance qui est parcourue. C’est un système ingénieux et innovateur qui, s’il est instauré à Montréal, permettrait peut-être de pallier au problème d’accessibilité de nos transports en commun.

 

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L’important service de métro côtoie à Shanghai, comme dans plusieurs autres grandes villes, les autobus, les tramways, les taxis et les cousins de nos bixi, soit les mobike et les ofo. Plus utilisés que nos bixi, les mobike et ofo permettent à l’utilisateur de déposer son vélo n’importe où dans la ville. Une carte interactive permet aux abonnés de repérer les vélos libres et c’est via une application que l’on peut « déverrouiller » un vélo et l’utiliser pour son trajet. Un tel processus favorise sans aucun doute l’utilisation de ces vélos à partager, puisque c’est un système accessible mais surtout utile à tous, et non pas seulement à ceux qui habitent près d’une station de vélo ou qui en ont sur leur chemin, comme c’est le cas à Montréal.

Shanghai dispose aussi du service car-to-go, qui nous a été expliqué par une étudiante de la Shanghai Normal University. Les petites voitures de car-to-go sont électriques et se trouvent un peu partout sur le campus de l’université. Elles sont disponibles pour location au coût dérisoire de… 5 cents par minute !

Finalement, Pudong, le district le plus moderne de Shanghai, regorge de passages piétons époustouflants : ces immenses passages surplombent les autoroutes pour ainsi permettre aux piétons d’accéder d’un endroit à l’autre du district sans voiture et sans problème.

L’urbanisme et les contrastes

La Chine est remplie de contrastes : de petites ruelles regorgeant de boutiques côtoient des grattes ciels étourdissants. Le plus bel exemple se trouve à l’entrée de la concession française, ce quartier qui a des allures d’Europe ou du vieux-Montréal, qui se trouve face à un immense centre commercial et un quartier beaucoup plus moderne. Le Jing’an temple est un autre bel exemple, étant un temple ancien dont l’architecture a été conservée au milieu d’un quartier commercial où l’on retrouve plusieurs grands magasins. 

M. Raefer K. Wallis, architecte de formation et établit à Shanghai depuis déjà plus de 10 ans, nous expliquait qu’on assiste aujourd’hui à l’émergence des « city state » : New York, London, Mexico, Shanghai ; toutes ces villes qui prennent de l’ampleur et qui ont une renommée mondiale plus importante que le pays où elles sont. M. Wallis était sans équivoque : notre belle Montréal va manquer le bâteau et ne pourra être de taille avec ces autres si elle ne change pas ses politiques. Le problème de Montréal soulevé par M. Wallis est que, dans le développement immobilier, nos modèles principaux sont nos voisins du sud, qui ont pourtant étant déclassé à titre de leader économique mondial par la Chine en octobre dernier. Ainsi, une politique interdisant totalement les constructions sur des terres agricoles est essentielle pour protéger nos sols, en plus d’un partenariat entre la ville et les promoteurs immobiliers afin de permettre des constructions abordables à la classe moyenne. Surtout, Montréal ne doit pas avoir peur de perdre son charme en bâtissant de nouvelles constructions plus modernes.

Il ne fait aucun doute que Shanghai et Montréal connaissent des enjeux très différents, de par la densité de la population, de par le coût de la main-d’œuvre, de par les problèmes environnementaux, de par les ressources naturelles disponibles, et j’en passe. Or, il ne fait également aucun doute que Montréal pourrait s’inspirer de Shanghai sur plusieurs points, dont le premier est d’avoir une vision à long terme pour les projets municipaux.

Au Québec, la vision politique s’étend la plupart du temps aussi loin que le mandat de nos politiciens. En Chine, la culture est tout autre et c’est ce qui permet le développement de projets grandioses dans toutes les sphères de la municipalité. Tel que nous l’a expliqué entre autres Mme Stéfanie Vallée, le travail est très important dans la culture chinoise, où travailler fort et être loyal à son employeur sont des sources de fierté. Ainsi, de par cette main-d’œuvre peu coûteuse et abondante, Shanghai a construit en peu de temps des projets auquel l’occident ne peut qu’aspirer et permet à la ville d’avoir des projets concrets pour les prochaines années. D’ailleurs, le Musée de l’urbanisme de Shanghai présente, outre une maquette impressionnante de la ville, les projets municipaux pour les prochaines 30 années, basés notamment sur l’état des sols et les prévisions quant à la population et sa densité.

 

C’est ce dont Montréal devrait, à mon avis, s’inspirer le plus de sa ville sœur. Une chose est sûre : les changements se passent très vite à Shanghai, beaucoup plus vite que dans n’importe quelle ville du Canada. Aujourd’hui, Shanghai est une ville moderne, qui rappelle un mélange de New York et Londres, mais qui est si chaleureuse de par la culture qu’elle a su conserver et qu’on peut percevoir dans les petites ruelles à travers ses grattes ciels et autoroutes.

Shanghai est ainsi un magnifique mélange entre l’ancien et le nouveau, entre le traditionnel et le moderne, entre la culture et l’innovation. Elle prouve à toutes les villes du monde qu’il n’est pas nécessaire de se spécialiser, en tourisme ou en affaires par exemple, et qu’il est possible d’être un acteur important et rayonnant sur la scène internationale dans plusieurs sphères.

 

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